Le périnée !

Aujourd’hui ce n’est pas moi qui ai écrit l’article mais une sage femme.
J’ai demandé à la sage femme qui s’est occupée de moi lorsque j’étais enceinte (et même après) si elle voulait bien contribuer à mon petit blog et elle a gentiment accepté.

Lydie est une sage femme de Boulogne-sur-Mer et aujourd’hui elle vous parle de périnée et de rééducation

Ce document est largement inspiré (texte et schéma) des ouvrages suivants :
– Périnée arrêtons le massacre, Docteur Bernadette de Gasquet, éditions
marabout, septembre 2011.
– Rééducation périnéale féminine mode d’emploi, Sandrine Galliac Alanbari,
édition Robert Jauze, 2005 et 2008.

 

PARTIE 1 : LE PÉRINÉE

 

Périnée : pas de consensus à propos de l’étymologie. Étymologie possible, régulièrement rencontrée : du grec peri- (autour) et ineo (faire évacuer) Aussi appelé : plancher pelvien ou diaphragme musculaire pelvien.

1. description anatomique :

Les abdominaux s’étendent des côtes au bassin. Ils vont fermer le bassin en avant et latéralement.
Le diaphragme respiratoire « sépare » la cage thoracique de l’abdomen.

Le périnée ferme le bassin en bas. Il s’étend en longueur de la symphyse pubienne à la pointe du coccyx et, en largeur, entre les deux ischions. Il constitue le plancher du petit bassin.

On distingue le périnée antérieur en forme de triangle qui a la symphyse pubienne comme sommet et la ligne bi-ischiatique comme base, et le périnée postérieur dont la base est la ligne bi-ischiatique et le sommet la pointe du coccyx.

in rééducation périnéale féminine mode d’emploi, Sandrine Galliac Alanbari, édition Robert Jauze, 2005 et 2008, p. 13
In Périnée arrêtons le massacre, Docteur Bernadette de Gasquet, éditions marabout, septembre 2011, p. 40

On distingue plusieurs plans musculaires : superficiel, moyen et profond.
Le périnée antérieur est surtout composé de muscles superficiels (bulbo-caverneux et ischio-caverneux, constricteurs de la vulve chez la femme) peu puissants, ayant un rôle essentiellement sensitif.

Le plan moyen est constitué du muscle transverse profond du périnée et du sphincter de l’urètre. Le muscle transverse rejoint les 2 ischions en passant par le noyau fibreux central du périnée. Il assure la stabilité du bassin en empêchant les os de trop s’écarter.

Le plan profond correspond au muscle élévateur de l’anus qui est constitué de trois chefs :

Partie interne :
– Le muscle pubo-rectal, divisé en faisceau pubo-vaginal et pubo-rectal. (faisceau le plus profond) s’insère derrière la symphyse pubienne, croise l’urètre au niveau de son 1/3 proximal, au dessus du sphincter externe de l’urètre, il cravate l’urètre proximal.

Puis il croise les faces latérales du vagin(ou de chaque côté de la verge), au niveau de son 1/3 inférieur. Il se termine sur le NFCP. Il cravate donc le 1/3 inférieur du vagin. Le pubo-rectal passe derrière l’anus et se termine sur la face postérieure du rectum qu’il « cravatte » Il concerne à la fois le périnée antérieur et le périnée postérieur. Quand il se contracte, il tire l’anus vers l’avant et vers le haut.

Partie externe :
– Le muscle pubo-coccygien, s’insère aussi derrière la symphyse pubienne, mais plus latéralement que le pubo-rectal et se termine sur la face antérieure du coccyx : son rôle est de fermer le hiatus (fente) urogénital afin de prévenir
un éventuel prolapsus.- Le muscle ilio-coccygien, s’insère au niveau de l’épine ischiatique à l’extrémité latérale de la crête pubienne, et se termine sur le bord latéral du coccyx.

Ces trois chefs échangent des fibres avec le côté controlatéral au niveau du raphé ano-coccygien ainsi qu’au niveau du noyau fibreux central du périnée pour le muscle pubo-rectal.

Dans une position correcte d’étirement vertébral, les forces engendrées par le diaphragme et les muscles abdominaux se dirigent vers le promontoire et le pubis.
Dans des conditions pathologiques, ces forces se diriger directement sur le plancher pelvien, le fragilisant.

in rééducation périnéale féminine mode d’emploi, Sandrine Galliac Alanbari, édition Robert Jauze, 2005 et 2008, p. 15

2. Anatomie fonctionnelle :

Comme pour tout muscle, il existe un tonus de base. Son tonus va s’adapter par réflexe aux différentes sollicitations provoquées par les viscères de voisinage (plus la poussée est forte, plus le tonus est élevé) caractérisé par un mouvement permanent vers l’avant et vers le haut. Ce tonus va permettre la continence et le soutien viscéral.

Le périnée intervient donc :
– dans la miction, la défécation, la continence,
– dans la statique pelvienne assurant le soutien et la stabilité des organes : s’il existe un déficit du tonus de base : prolapsus = descente d’organe qui peut concerner la vessie, l’utérus, le rectum.
– et aussi dans la fonction sexuelle et l’accouchement : pendant l’accouchement, il va permettre la descente et la rotation de la tête du bébé dans le bassin, puis il se distendra et autorisera la rétro pulsion du coccyx pour permettre la naissance.

La miction :
La vessie se remplit en continu, le muscle de la vessie (appelé detrusor) se distend petit à petit. Le sphincter lisse assure la fermeture de la vessie, de façon involontaire et inconsciente. A mesure du remplissage, un premier besoin d’uriner s’exprime. Il est possible de différer facilement cette miction par contraction volontaire du sphincter strié. Puis la vessie continue de se remplir, un 2e besoin se manifeste. Il sera nécessaire de contracter volontairement le périnée pour se retenir, puis le besoin devient urgent et le contrôle impossible.

Au moment de la miction, la vessie se contracte pour se vider, les sphincters se relâchent et l’urine s’écoule. Il n’est pas besoin de pousser pour uriner. Au contraire, cela accentue le coude entre la vessie et l’urètre et rend la miction plus improbable. Il faut plutôt chercher à remonter la vessie pour la ré-aligner à l’urètre en cas de difficulté à uriner malgré un besoin réel.

in rééducation périnéale féminine mode d’emploi, Sandrine Galliac Alanbari, édition Robert Jauze, 2005 et 2008, p. 29

 

Chez l’homme, l’urètre s’allonge avec l’érection du pénis au moment de la miction, alignant vessie et urètre et permettant un jet puissant. La vessie de l’homme est plus petite que celle de la femme, mais surtout elle est plus contenue par les muscles abdominaux. La vessie de la femme repose en arrière sur un vide : le vagin, et supporte l’utérus. Elle peut donc plus facilement tomber vers l’avant ou vers l’arrière et rendant la vidange difficile. Chez l’homme, la prostate, glande de la dimension d’une noix, entoure l’urètre entre le col vésical et le sphincter strié de l’urètre. Les modifications de volume de la prostate ont donc une incidence sur l’écoulement des urines, le plus souvent une gêne initiale puis instabilité vésicale ensuite.

L’incontinence urinaire :
On distingue l’incontinence urinaire d’effort (IUE) et l’incontinence urinaire par urgenturie.
L’incontinence urinaire d’effort s’exprime par une fuite urinaire au moment d’un effort plus ou moins important : toux, rires, éternuements, mais aussi parfois en marchant, en soulevant, en s ‘accroupissant voire au moindre changement de position.

On retrouve des facteurs de risque à la survenue de cette pathologie :
– les facteurs familiaux,
– les antécédents obstétricaux : mode d’accouchement, poussées,
– les habitudes de vie : pratique sportive ; jogging, tennis, équitation, l’habitude de pousser pour uriner,
– port de charge,
– toux chronique,
– constipation chronique,
– certains médicaments,
– les interventions chirurgicales abdomino-pelviennes, les problèmes musculo-squelettiques modifiant la statique pelvienne

L’instabilité vésicale correspond à une contraction de la vessie alors qu’elle n’est pas remplie. Il s’agit d’une altération des mécanismes réflexes impliqués dans le phénomène de remplissage-vidange vésical. Elle est cause de fuite urinaire sur un besoin urgent : incontinence urinaire d’impériosité ou d’urgenturie pouvant survenirsur une vessie presque vide. Elle peut se manifester dans des circonstances particulières : le froid, l’eau qui coule, en mettant la clé dans la serrure.
On retrouve dans les causes d’instabilité vésicale :
– Infections urinaires,
– pathologies neurologiques,
– la pratique du « stop-pipi »
– la consommation de tabac, thé, café, vin blanc

La défécation :
Le rectum ne se remplit pas progressivement comme la vessie, mais tout d’un coup, lorsque le sigmoïde se vide dans l’ampoule rectale. Le sigmoïde se vide sur signal de nouveau remplissage, c’est à dire une 10aine de minutes après avoir commencé à manger et de préférence après le petit-déjeuner puisque la digestion du repas du soir est terminée et qu’il y a des réserves dans le sigmoïde. Le remplissage du rectum entraîne un besoin d’aller à la selle. Le rectum s’aligne au canal anal, se contracte, le sphincter se relâche et la défécation s’opère. Il n’est pas non plus nécessaire de pousser.Chez la femme, le rectum est accolé au vide vaginal. Si la défécation n’est pas concomitante au 1er besoin, le rectum va continuer de se remplir et va se distendre, sa contraction sera ensuite plus difficile.

La poussée vers le bas pour aider la défécation va diriger la force vers le vagin et non pas vers l’axe ampoule rectale-canal anal.Chez l’homme, le rectum est contenu et ne repose pas sur un vide. La contraction du rectum est donc plus efficace.Il est donc important d’aller à la selle dès le 1er besoin ressenti et s’organiser pour que ceci soit possible. Par exemple : commencer par prendre le petit déjeuner et s’accorder le temps d’aller à la selle avant de partir au travail.

L’ouverture du périnée pour la défécation s’opère hanches fléchies, idéalement en position accroupie, pieds parallèles, écartés de la largeur du bassin (toilettes à la Turque) La position sur les WC que nous utilisons n’est pas adaptée à la défécation : trop en arrière, fermeture du périnée postérieur, blocage du sacrum-coccyx et direction de la poussée de haut en bas.

Améliorations possibles de la position sur les WC modernes :
sacrum et coccyx libres de basculer, le bas-ventre rentre et la poussée n’est pas dirigée de haut en bas mais améliore le maintien du rectum

 

In Périnée arrêtons le massacre, Docteur Bernadette de
Gasquet, éditions marabout, septembre 2011, p.

3. Comment prendre soin de son périnée ?

– En adoptant une posture correcte dans la vie de tous les jours, en étirement et pas tassé, aussi bien assis que debout
– En n’exerçant pas de forces de poussée contraires à la physiologie = en sortant le ventre et en bloquant la respiration (au moment de l’accouchement, de la miction, de la défécation),
– En allant aux toilettes quand le besoin s’exprime, en ne se laissant pas constiper, en évitant les « pipis de récaution »…et en s’installant correctement sur les WC, en prenant le temps
– En bannissant les exercices tels que « pipi-stop » ou exercices de renforcement abdominal inappropriés
– En le contractant à chaque effort : toux, éternuement, port de charges, …
– En le faisant travailler, comme n’importe quel autre muscle pour entretenir un tonus de base efficace.

4. Pour travailler son périnée :

Il est souvent difficile de prendre conscience de son périnée. Souvent, on pense le contracter alors que l’on serre seulement les fesses ou que l’on contracte les muscles des cuisses.

Pour travailler le périnée : être étiré, contracter le périnée sur l’expiration, contracter en montant : le périnée, le bas-ventre, le haut du ventre, en rentrant le ventre.
Allongé sur le dos, prendre une aile iliaque dans chaque main, pouces vers l’avant.
Soulever légèrement le bassin et le reposer en cherchant à rapprocher les fesses
des talons. Laisser le dos se poser, on constate un léger creux au niveau de la zone lombaire. On essayera ensuite de faire remonter l’anus vers le nombril, sans bloquer la respiration, soit en respiration libre, soit en expirant doucement. Puis, on cherchera à serrer le périnée. Tenir 3 ou 4 secondes au début, pas plus. Laisser le périnée se relâcher complètement et lui laisser un temps de repos avant de reprendre, ce qui correspond à 2 ou 3 respirations calmes.

Exercice du ½ pont avec ou sans chaise : inspirer en montant, contracter le périnée en soufflant, redescendre à vide, vertèbre après vertèbre.

En position assise :Prendre un ischion dans chaque main et l’amener doucement vers l’arrière. Etirer le dos, poitrine haute, épaules basses vers l’arrière, omoplates resserrés, menton légèrement rentré. Essayer de faire remonter l’anus vers le nombril, sans bloquer la respiration, soit en respiration libre, soit en expirant doucement.
Différencier le travail des muscles fessiers en les contractant, le travail des muscles des cuisses en les contractant et le travail des muscles du bas ventre en les contractant. Et aussi en position inversée, à quatre pattes, tête au sol.

La rééducation pelvi-périnéale, Lydie Bultel, sage-femme, juillet 2017

J’espère que cet article t’auras autant appris qu’à moi!

La semaine prochaine,  retrouve la deuxième partie de l’article sur la rééducation du périnée féminin.

1 Commentaire

  1. […] Aujourd’hui retrouve un article de la sage femme Lydie Bultel qui as déjà écrit un article pour le blog ici […]

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